Boîte noire Le blog-notes de François, déambulant dans un monde sans pitié.

Publié le
5 janvier 2009

Rubrique
Blogosphère

Six bouquins

Tom Roud demande six livres me représentant le mieux. J’ai ébauché ma réponse chez Phersv, la version finale suit. Aucun critère particulier n’a servi à ordonner la liste.

Je suis également sceptique sur le sens du terme représenter, alors j’ai imaginé une sélection de six livres dont je mandaterais les personnages s’il fallait qu’ils me représentent dans une assemblée absurde où les mandatés seraient plus nombreux que les mandants (voilà qui plaira aux borgésiens d’entre nous).

  1. Niourk (Stefan Wul, 1957), un jeune enfant noir qui erre dans un décor post-apocalyptique. Toutes mes fictions favorites de jeunesse sont inscrites dans le même décor (cela se voit notamment dans ma sélection de jeux de rôles, où l’univers de Berlin XVIII a une place de choix ; sans surprise, mon film favori est Blade Runner).
  2. Loot (Joe Orton, 1964), une pièce de théâtre déjantée faisant intervenir couples, voleurs et flics, centrée sur des échecs (sentimentaux, professionnels, sociaux), et qui m’a fait autant rigoler sur papier que les Monty Pythons sur écran, même si c’est finalement beaucoup plus sombre (l’auteur, homosexuel, est mort tabassé dans un parc). C’est peut-être la seule pièce que j’irai voir à Londres. Je mandate le policier bureaucrate.
  3. Alice’s Adventures in Wonderland (Lewis Carroll, 1865). L’édition bilingue commentée est le seul bouquin que j’ai sorti à plusieurs reprises de ma bibliothèque municipale. Je mandate Alice—logique.
  4. Arkham Asylum (Grant Morrison et Dave McKean, 1989). S’il fallait choisir un représentant, Maxie Zeus, qui cristallise toute la psychologie délirante, égocentrique et auto-destructrice qui caractérise une bonne partie des élites dirigeantes. Cette histoire m’a vraiment marqué, plus qu’aucune bande dessinée alors que je commence beaucoup plus de BD que de comics.
  5. Runner-up du choix précédent, et comme il me reste de la place, j’en profite : Un hiver de clown (Hermann, 1983), un épisode de la bande dessinée Jeremiah, également ancrée dans un décor post-apo ; je mandate Kurdy, évidemment.
  6. Germinal (Émile Zola, 1885). J’ai hésité avec L’Assommoir (le premier Zola que j’ai lu) et Le Ventre de Paris (celui que j’ai lu le plus vite). Bernard Lahire rappelle toujours que le travail de Zola est une excellente illustration de ce qu’il faut commencer par faire en sociologie – construire une vision naturaliste de l’objet observé (Robert Linhart fait la même chose dans L’établi ; les points communs aux deux ouvrages étant la souffrance au travail et la révolte, intérieure puis extérieure, des ouvriers face à l’injustice des rapports de production). Je mandate Zola lui-même.

En bref : la liste montre que je ne sais lire correctement que dans deux langues ouest-européennes, et que toute ma cosmologie littéraire vient de là. Il y a beaucoup de mondes imaginaires mais qui veulent anticiper la réalité à partir des délires cruels du présent. Hermann et Zola se recoupent, par exemple, sur le massacre nécessaire qui résulte de la maîtrise des ressources énergétiques.

Il faudrait que je compare avec mes autres listes sur Facebook ou autres pour voir si ma cosmologie est stable, ou si la géométrie des réponses varie avec les demandeurs (vérification faite, il y a quatre recoupements sur six ; sur Facebook, j’avais mis un essai de Steiner qui m’a marqué, In Bluebeard’s Castle, et la Rubrique-à-Brac de Gotlib).

En statistiques : deux enfants et quatre adultes, dont à peu près 50% qui finiraient en institution, comme on a pris l’habitude de dire. Date médiane de publication des ouvrages : 1960 (un tiers des bouquins date du dix-neuvième siècle et le plus récent date de 1989 ; à ma surprise, je n’ai rien de la première moitié du vingtième siècle).

Je passe le relais à Damien, M et PM, et à trois politistes : Christophe Bouillaud, Joël Gombin, et Yves Surel. Hors-ligne, je passe à Frédéric Ch. et Xavier Mo. – oui, vous !


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Publié le
2 décembre 2008

Rubrique
Petites choses

Les petites choses utiles du mardi, vol. 91

Que du vieux dans ce volume 91 qui traîne depuis trop longtemps dans un fichier texte innocemment posé sur le Bureau, comme si cela servait encore à hiérarchiser les choses à faire que de les mettre sur le haut de la pile… :


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Publié le
28 novembre 2008

Rubrique
Inclassables

À Paris

Carnet de notes rédigées dans le métro.

23 novembre

Un terrain de thèse peut même amener à croiser les élèves de la Star Academy (ainsi qu’Elliott Murphy et Marc Antoine). Tout le monde prend des photos. Les apprentis-chanteurs déversent l’équivalent musical d’une soupe de croutons glauques baignés dans une balance de basses façon radio FM qui fait appel aux mêmes zones du cerveau que le bruit d’un radiateur qui fuit.

Élèves de la Star Academy

25 novembre

Un peu après la rue Corvisart, le café-restaurant a un vrai zinc et sent délicieusement bon le couscous. La radio passe Metallica, “Nothing Else Matters”.

26 novembre

Ouvrons une page de publicité. Au niveau de 274 faubourg Saint-Antoine, le Casse-Croûte de l’Antoine vend de délicieux petits pains garnis de salades, d’oignons grillés, et surtout de viande charolaise. C’est le meilleur casse-croûte saucisses que j’aie jamais mangé à Paris.

Au Casse-Croûte de l'Antoine

Les étudiants d’une école de commerce management voisine viennent déguster des “pastrami ketchup-mayo” à moins de de cinq euros. Le personnel est adorable et lieu vaut vraiment le détour, le quartier ayant également l’air sympa. Inutile de préciser qu’en plus, fait beau.

Au Casse-Croûte de l'Antoine

28 novembre

Quelques beaux immeubles place Saint-Georges.

29 novembre

La Fnac Saint-Lazare vend le casque baladeur Sony de mes rêves (grosses, basses, repliable…). Après un survol de Mariot sur le président, j’ai foncé vers les tomes 26–31 de Thorgal que je n’avais pas lus. Les derniers Van Hamme/Rosinski sont incroyables, de pures merveilles. Les nouveaux tomes Sente/Rosinski sont moins intéressants… pour le moment. Cette série est magique et l’intégrale en format réduit est abordable.

“Une 50 Vittel avec le dernier Beaujolais !” Il y a du passage dans la brasserie à côté de la gare. J’attends un steak haché frites à six euros pour le recouvrir de moutarde “fine et forte” Amora. Je patiente en bouquinant les premières pages de Robert Linhart, L’établi. Les éditions de Minuit vont bien avec Paris ; Maspero aussi. Le bouquin de sa fille, Le jour où mon père s’est tu, est très bien. Un sans-abri déguste en vociférant quelque chose sur “la famille Poulaga”. Addition à douze euros avec dessert et café.

Sur le retour, ligne 13, j’ouvre les trois leçons de Gøsta Esping-Andersen, qui sont un peu trop doctes. Les inégalités de santé sont traitées de manière résiduelle, par quelques paragraphes et des notes de bas-de-page sur les différences de mortalité (les travaux d’Éric Jougla, récemment récompensé à très juste titre par l’Inserm, sont cités). C’est pourtant une dimension transversale majeure des chapitres 2 (tout commence à la petite enfance) et 3 (le vieillissement repose la question de l’équité entre et dans les générations).


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